Il me raccompagna dans le hall d'entrée et mis sa main sur ma nuque en me disant repose toi un peu, je t'appelle quand j'ai terminer. Ce geste et ces paroles n'étaient pas d'un grand réconfort, mais elles m'ont fait plaisir.
Un grand vide, un mur se place devant moi, tout devient obscure c'est fini, cette triste nouvelle vient de percuter mes oreilles. Je l'ai ! il va falloir lutter pour vivre et maintenant qu'il est là. Cette réaction me fit comprendre qu'il était là comme le froid de la mort. Sans visage est désormais bel et bien en moi. Je voudrais savoir une ultime chose, ou va t'il m'emporté, jusqu'où, et biensur jusqu'à quand ? Le retour me semblait si loin car le trajet me paraissait durer une éternité. J'avais bien perdu la raison, l'heure était venu, je pouvais enfin craquer. Libérer mon âme de tous ces coups qu'il avait pu prendre en quelques minutes. Des larmes intérieures qui me brulaient les organes jusqu'à la désintégration. des larmes acides, qui me brulait le visage. qui délapidait mon coeur.
A ce moment j'aurai tellement voulu plus qu'intensément qu'elle soit là, qu'elle puisse enfin me parler me consoler. Qu'elle puisse aussi peser le poids de ma souffrance. Mais où est-elle ? Pourquoi n'est-elle pas capable d'effacer cette terrible blessure qui est en train de m'habiter ? Pourquoi a cet instant je ne me réveillais pas d'un bon en me disant, ce n'est qu'un cauchemar. Oui c'est un cauchemar il ne fait que commencer.
19 heures, le téléphone sonna.
- Je suis là à 19h15, prends de quoi te changer tu resteras dormir a la maison !
- Non mais ça va aller !
- On mangera et on pensera a autre chose, tu en a bien besoin tu ne crois pas ?
- Oui, mais demain .......
- A tout a l'heure....
Une fois de plus je n'ai pas mon mot à dire, j'aurai voulu être seul, me replier sur moi-même imaginer je ne sais pas quoi, l'avenir y'en a-t-il encore un ?
Quelques minutes plus tard, Je montais la voiture et je me demandais pourquoi était-il si complice de la fatalité, il se comportait de façon si douce et attentionné. Avait-il le même comportement avec tous ces patients ? Les liens que nous avions n'imposaient en aucune façon autant d'attention. Mais je n'avais pas envie de le repousser je n'avais pas envie de rester seul même si quelques minutes auparavant .... J'étais incapable de savoir ce que je voulais. Le périphérique était fluide, on sera rentrés plus rapidement que prévu dit-il ! hier j'ai mis plus de 45 minutes, que veux tu manger ce soir ? je l'écoutais mais j'étais incapable de dire quoi que ce soit. Aucune importance d'ailleurs. Asnières Genevilliers, les rues sont mal éclairées, les feux de circulation sont clignotant orange, tout laisse à penser qu'une coupure générale avait eu lieu quelques minutes auparavant, l'alarme de la bijouterie qui faisait l'angle hurlait et retentissait dans le fond de la ruelle ou il habitait.
Rez de chaussé, un immeuble grand standing, portes sécurisées, interphone caméra et digicode. Nous passons le hall de haute sécurité, l'ascenseur nous propulsa au 4eme étage. Il ouvrit la porte et alluma l'entrée. Le répondeur du téléphone indiquait 2 appels en absence, qu'il écouta aussitôt de m'avoir dit de m'installer dans le salon et de retirer mes chaussures avant de marcher sur le tapis de chine qui était sous la table du salon. Je souris en lui disant « Je sais ! » première fois depuis l'après midi que mon visage exprimait une satisfaction. Je m'assoie dans le canapé en me demandant s'il ne fallait pas qu'il repart pour une consultation de nuit, car en tant que médecin il a des astreintes. Il entra dans le salon en me disant que je devais aller dans le frigo ou dans le congélateur pour définir le repas du soir, en attendant qu'il préparait l'apéro. Rien ne m'inspirait, une salade flétrie par le temps, une jardinière de légumes, un fond de rillettes, des tubes de je ne sais pas quoi, pour la vaccination, un congélateur vide ou presque ! un poulet, un bac a glace ! on a plus qu'a commander un truc au chinois lance t il. J'étais d'accord avec cette idée. Il passa le coup de fil rapide au restaurant du coin et nous n'attendions plus que la livraison. Wisky coca ou malibu orange ! il alluma la télévision pour avoir l'info du jour, je me demandai quand est-ce qu'il finirait par me harceler de questions, pour savoir le pourquoi du comment j'en étais arrivé la ? mais rien. Il attendait sans doute que je lui pose moi certaines questions ! Il me proposa de prendre une douche bien chaude ou bain pour me détendre, que de toute façon j'avais le temps que nous ne mangerions pas tout de suite. Et la les larmes commençait a coulée, je ne peux pas dire sans raison, mais pourquoi maintenant ? sans doute parce que je pouvais me sentir en sécurité, que je savais qu'il était là pour m'écouter, qu'il était à même de répondre le plus justement a mes questions... sa réaction m'a surpris, il me sera dans ses bras, sans rien dire. Comme si celle qui me manquait tant passait au travers de lui pour me consoler, ses bras étaient sans doute ceux que j'attendais et qui malheureusement de viendront plus. Ceux d'une mère partie bien trop tôt.
J'étais bien, mais a la fois mal a l'aise, j'entendais battre son c½ur plus vite que le mien, ses mains me caressait a la fois les cheveux, et le dos en même temps. Ce qu'une mère aurait fait à son enfant dans une telle situation. Je me ressaisi en évitant son regard, je ne voulais pas qu'il voit mes larmes même s'il voyait ma peine. Et la situation fut interrompue par le retentissement de l'interphone, l'arrivée de livreur. Les plats étaient chaud, et l'odeur mettait en appétit. Mais j'arrivais difficilement a avaler quoi que ce soit.
Le premier film était fini, il se dirigea vers la salle de bain pour se brosser les dents, et soudain j'entendis l'eau de la baignoire coulée, il m'appela en me disant de prendre un bain que dedans il avait mis du sel de je ne sais plus quoi, et un produit moussant qui devrait me détendre avant la nuit. Il referma la porte de la salle de bain en me disant « prends ton temps, je suis devant la télé ! » Effectivement c'était bouillant ! mais les vapeurs du sel et du bain moussant étaient agréables. Sur le côté de la baignoire une serviette, et au dessus un peignoir. Les minutes s'écoulaient, et cette sensation de bien être était apaisante. Mais la réalité était toujours là. Et je crois qu'elle risque de me collée a la peau un sacré bout de temps.C'est ainsi que j'ai compris que pour la vie, était la mort inévitablement et surtout plus proche que prévue.